Un peu, beaucoup, passionnément...
Publié le 19 Décembre 2011
Lettre ouverte dans le cadre de la semaine québécoise des directions d’établissement scolaire
Un peu, ai-je hésité, il y a maintenant une dizaine d’années, à m’engager dans une démarche de formation (études universitaires de 2e cycle) qui me permettrait d’amorcer un virage dans mon cheminement professionnel. D’abord et avant tout pédagogue, mon travail d’enseignante en classe d’adaptation scolaire me passionnait, me comblait. Puis, j’ai senti naître le désir d’aller un peu plus loin. C’est finalement avec énormément d’enthousiasme, mais un peu d’appréhension que j’ai plongé: j’amorçais ma formation de gestionnaire d’établissement scolaire!
Rapidement, j’ai compris que j’avais beaucoup à apprendre. Si devenir chef d’établissement scolaire nécessite indiscutablement une solide formation initiale en pédagogie, cela exige également l’acquisition de beaucoup de connaissances (les lois, le budget, le système scolaire, etc.), ainsi que le développement de beaucoup de compétences de l’ordre des habiletés relationnelles et politiques, en passant par la gestion du temps, des ressources humaines, matérielles, financières et j’en passe.
J’ai d’abord accédé à un poste de direction adjointe. Passionnément, j’y ai fait mes premiers pas, dans un rôle de leader pédagogique gestionnaire. C’est également avec passion (impossible de faire autrement…) que j’ai alors appris à travailler dans la réalité des milieux défavorisés : pauvreté, immigration, partenariat, entraide, y sont des préoccupations quotidiennes, tout aussi présentes que la pédagogie et la réussite scolaire. Mon nouveau travail s’est alors avéré très prenant, souvent difficile, parfois gratifiant, mais toujours passionnant!
Puis, on m’a confié la direction, non pas d’une, mais de deux écoles. Mes nouvelles fonctions ont alors exigé l’appropriation de beaucoup , beaucoup de nouveaux dossiers : la révision des projets éducatifs, les services aux élèves en difficulté (EHDAA), les travaux de rénovation, l’organisation de l’aide aux devoirs en sont quelques exemples. Ajoutons à cela toute la reddition de comptes dont le bilan du plan de réussite, le budget de l’école, les travaux du conseil d’établissement et tout dernièrement, la convention de gestion et de réussite.
De plus en plus passionnant, mon travail s’approcherait-il parfois de la folie? Lorsque j’ai passé plus de 12 heures à l’école parce que dans la même journée, j’ai dû régler une situation de crise avec la police et la DPJ, gérer un dossier avec le service des ressources humaines, recevoir un parent préoccupé, remettre des certificats aux élèves méritants, écouter une enseignante qui me présente un projet emballant, pour terminer ma journée par une réunion du conseil d’établissement, garder mon équilibre, relève alors du défi. Faut-il aimer son travail à la folie pour aussi risquer une baisse salariale, lorsque dans un contexte de diminution de clientèle, le capitaine veut rester à la barre de son bateau? La folie s’est-elle également emparée de mes collègues jeunes parents qui, dans ce contexte, réussissent le tour de force de concilier le travail avec leurs conditions familiales? Douce folie, s’il en est une, la profession que j’ai choisie me comble toujours de ce même désir; voir grandir dans chaque élève le goût d’apprendre et de se dépasser.
C’est avec bonheur que je vois apparaître cette semaine québécoise des directions d’établissements scolaires. C’est avec fierté que je vous partage ma passion. Et si l’un d’entre vous me demandait si j’ai déjà eu le moindre regret, je vous répondrais : pas du tout!
Anne DeSmet